Le PIC (Projet d’intervention en contexte), que nous avons réalisé avec ma collègue de stage, s’inscrivait dans une démarche visant à soutenir le développement des compétences socio-émotionnelles des enfants du préscolaire. Il ciblait plus précisément la gestion et l’expression des émotions, ainsi que la résolution de conflits. Notre intention principale était d’amener les enfants à reconnaître et à verbaliser leurs émotions, tout en développant leur capacité à gérer les situations conflictuelles de manière autonome et appropriée dans différents contextes de la vie quotidienne.
Pour atteindre ces objectifs, nous avons mis en œuvre une diversité d’interventions pédagogiques et éducatives. Le projet s’appuyait, entre autres, sur des ateliers animés en collaboration avec deux TES de l’école, des activités de musicothérapie, l’exploitation d’albums jeunesse, l’aménagement et la modélisation d’un coin calme incluant des objets sensoriels, des séances de yoga au gymnase ainsi que des mises en situation sous forme de scénarios sociaux. Outre ces interventions, nous avons amené les enfants à explorer les manifestations physiques des émotions abordées ainsi qu’à bâtir en grand groupe des marguerites de choix regroupant différentes stratégies leur permettant de diminuer l’intensité de l’émotion vécue. Des activités interactives sur la plateforme Boom Learning, des techniques d’impact, un outil d’identification des émotions ainsi que le visionnement du film Sans dessus dessous avaient également été intégrés au projet. Par ailleurs, nous avons veillé à ce que les apprentissages réalisés soient réinvestis lors d’ateliers en petits groupes. À titre d’exemple, lors d’un atelier de dénombrement, les enfants devaient compter des monstres et les colorier selon l’émotion illustrée sur leur visage, à partir de personnages tirés de l’album La couleur des émotions d’Anna Llenas.
Le projet s’est déroulé sur trois semaines, selon un échéancier structuré. Durant la première semaine, nous avons accompagné les enfants dans les ateliers animés par les TES, les activités de musicothérapie ainsi que l’utilisation de l’outil d’identification des émotions. La deuxième semaine était consacrée aux mises en situation sous forme de sketchs, aux séances de yoga et aux techniques d’impact, permettant aux enfants de vivre des expériences concrètes en lien avec la gestion émotionnelle. La troisième semaine, quant à elle, visait l’intégration des apprentissages liés au développement socioaffectif, dont l’activité finale consistait au visionnement du film Sans dessus dessous. Cette semaine comportait également l’exploration des manifestations physiques des émotions, notamment à l’aide d’un vrai stéthoscope permettant aux enfants d’écouter les battements de leur cœur lors d’émotions intenses comme la colère, l’utilisation des marguerites de choix ainsi que le coin calme par modélisation. Certes, chaque semaine comportait des activités ciblées, mais nous avons intégré les albums jeunesse et les activités sur Boom Learning de manière transversale afin de garantir une continuité des apprentissages.
Notre observation du projet reposait sur différentes traces permettant d’évaluer l’évolution des enfants, notamment des grilles d’observation, des dessins réalisés par ceux-ci ainsi que de courtes vidéos animées. Nous avons également mobilisé plusieurs ressources matérielles pour soutenir les interventions, telles que des affiches plastifiées des marguerites de choix, le gymnase équipé de tapis pour les séances de yoga, un tableau numérique interactif pour la projection du film, ainsi que divers outils liés aux émotions, les albums jeunesse, le coin calme et le matériel nécessaire à la mise en œuvre des techniques d’impact.
L’analyse critique du projet mettait en lumière certaines limites et obstacles. En effet, des contraintes de temps liées à la disponibilité de l’orthophoniste, avec laquelle nous souhaitions collaborer lors de la lecture des albums jeunesse, ainsi que les absences de certains élèves lors des ateliers, avaient parfois complexifié la mise en œuvre des interventions. Or, malgré ces défis, nous avons constaté que le projet présentait plusieurs forces notables. Il reposait sur l’utilisation de stratégies variées dans des contextes diversifiés, favorisait l’approfondissement du lien d’attachement au sein du groupe classe et assurait une cohérence ainsi qu’une constance dans le vocabulaire utilisé par l’ensemble de l’équipe-école, contribuant ainsi à une meilleure compréhension et à une intégration durable des apprentissages réalisés par les enfants.
En ce qui concerne les observations et les retombées du PIC, nous avons pu constater une belle ouverture de la part des enfants tout au long du projet. Ceux-ci avaient démontré une capacité croissante à nommer des émotions et à identifier, en grand groupe, différentes stratégies leur permettant de prendre un moment de pause, de mieux comprendre ce qu’ils ressentaient et d’amorcer un retour au calme. Les échanges collectifs avaient notamment révélé leur aisance à verbaliser les stratégies associées aux marguerites de choix et au coin calme, témoignant d’une appropriation progressive des outils proposés. Toutefois, malgré ces avancées, nous avons dû intervenir à plusieurs reprises en contexte de gestion de conflits. Chaque situation conflictuelle nécessitait un accompagnement rapproché, incluant la modélisation répétée des étapes de résolution de conflit et du message clair. Cette répétition s’est avérée tout à fait normale, considérant l’âge des enfants et la nature graduelle de ces apprentissages. À chaque intervention, que ce soit pour aider un enfant à reconnaître ou à réguler une émotion, pour lui rappeler les stratégies disponibles via le visuel des marguerites de choix, ou encore pour l’accompagner dans la gestion d’un conflit avec un camarade, nous avons complété une grille à cocher afin de consigner nos observations.
Nous avons appuyé notre PIC sur un article rédigé par Rosalie Côté et Audrey-Ann Tremblay intitulé « Les compétences socioémotionnelles essentielles au préscolaire », qui présentait une démarche similaire intégrant la littérature jeunesse, le coin calme et des activités en classe, tout en ciblant le développement des compétences socio-émotionnelles, notamment l’expression, la compréhension et la régulation des émotions. Or, le projet que nous avons réalisé se distinguait par plusieurs bonifications, telles que l’expérimentation de stratégies complémentaires variées : yoga au gymnase, outils de gestion des émotions, marguerites de choix créées en grand groupe, musicothérapie, activités interactives et mises en situation sous forme de sketchs. Il a également favorisé le réinvestissement autonome des stratégies par les enfants dans différents contextes, sur une période de trois semaines et plus, tout en encourageant l’implication d’adultes significatifs, tels que les TES, l’orthophoniste, nos enseignantes-associées, les enseignants des spécialités, etc.
Enfin, nous avons pu établir des liens pédagogiques clairs avec les contenus abordés dans les cours DID-1003 et DID-2011, qui soulignaient l’importance d’impliquer activement les élèves et de leur offrir des expériences concrètes favorisant leur engagement et leurs apprentissages. Le cours ENP-2710 mettaient également en évidence que la variété des interventions pédagogiques permettait de rejoindre un plus grand nombre d’élèves et d’enrichir les apprentissages. Ainsi, ce projet s’inscrivait, certes, dans une perspective de développement du lien d’attachement entre les enfants et les adultes, mais également entre les enfants eux-mêmes, tel que présenté par Caroline Bouchard (2019).
En somme, ce projet soulevait deux questions de réflexion essentielles. D’une part, il nous invitait à nous interroger sur la pertinence et le réalisme des objectifs en fonction du temps disponible. D’autre part, il ouvrait la réflexion quant à la possibilité de réinvestir ce projet à moyen ou à long terme au sein de l’école, perspective qui nous a été proposée par la direction à la suite de notre présentation du PIC. Ces questionnements offraient, ainsi, une ouverture à une réflexion collective sur la pérennité des interventions en gestion des émotions chez les enfants d’âge préscolaire et leur intégration durable dans le milieu scolaire.
| Fichier attaché | Taille |
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| PIC.pdf | 12.43 Mo |
| Grille d’observation WORD.docx | 14.33 Ko |
| Outils PIC.pdf | 101.92 Mo |