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Contexte et description du PIC

Tout d’abord, afin de bien comprendre le PIC, il est important de situer le contexte. J’ai réalisé mon stage 4 à l’école Notre-Dame de Lac-Etchemin, dans une classe de maternelle 5 ans. Dès le début de l’année scolaire, j’ai observé que les conflits entre les élèves étaient très fréquents et que la gestion des émotions représentait un défi important pour plusieurs d’entre eux.

Ces difficultés se manifestaient notamment lors des périodes de jeux libres et lors des récréations, moments où certains enfants venaient déranger ou détruire le jeu des autres. Ces situations entraînaient alors des crises de larmes, des gestes de poussée, des coups, des bousculades ainsi que des échanges verbaux à voix élevée. En observant ces comportements, j’ai constaté que les élèves éprouvaient de grandes difficultés à comprendre les émotions qu’ils vivaient, ce qui rendait la résolution des conflits particulièrement complexe.

En observant davantage cette situation, je me suis rendu compte que plusieurs élèves n’étaient pas en mesure de nommer l’émotion à laquelle ils faisaient face. Cette incapacité à identifier leurs émotions constituait un enjeu majeur dans la classe, puisque, sans ce vocabulaire émotionnel, les enfants ne disposaient pas des outils nécessaires pour réagir adéquatement, s’autoréguler et retrouver un état de calme.

Or, la régulation des émotions, qui commence par la reconnaissance et la nomination de celles-ci, fait partie des éléments essentielles à développer au préscolaire selon le Programme-cycle. De plus, cet élément est en lien direct avec l’une de mes valeurs fondamentales de mon identité professionnelle, soit la bienveillance, qui vise à instaurer un climat de classe harmonieux et propice aux apprentissages.

Il m’apparaissait donc essentiel de mettre en place des outils concrets afin d’aider les élèves à mieux comprendre et gérer leurs émotions, en passant par le développement du langage émotionnel. C’est dans cette optique que s’inscrit la réalisation de mon PIC, dont l’objectif était de répondre à la question suivante : comment favoriser le développement du langage des émotions chez les enfants de maternelle 5 ans ?

Interventions menées

Afin de répondre à cette question, j’ai mis en place plusieurs interventions étalées sur plusieurs semaines, dans le but de développer le langage émotionnel de mes élèves. Dans un premier temps, il m’importait de prendre en compte les conceptions initiales des enfants afin d’adapter mon enseignement à leur niveau de compréhension. J’ai donc amorcé cette démarche par une discussion collective autour des émotions : qu’est-ce qu’une émotion ? En connaissent-ils certaines ? Ont-ils déjà vécu des situations liées à ces émotions ?

À la suite de cette discussion, j’ai procédé à la lecture de l’album La couleur des émotions d’Anna Llenas. Cette histoire, dans laquelle chaque émotion est associée à une couleur, a servi de point d’ancrage pour nommer, identifier et démystifier les différentes émotions. Ensemble, nous avons pris le temps de reconnaître chaque émotion présentée dans le livre, de la nommer et d’en discuter le sens, ce qui a permis aux élèves d’enrichir leur vocabulaire émotionnel. Cette lecture constituait la première étape de mes interventions.

La deuxième intervention s’est déroulée de façon quotidienne. J’ai fabriqué des fiches plastifiées représentant les monstres des émotions, chacune associée à une couleur précise. Chaque matin, lors de la routine d’arrivée, les élèves devaient identifier et nommer l’émotion qu’ils ressentaient en choisissant le monstre correspondant. J’inscrivais ensuite leur nom ou leur numéro à côté de l’image choisie. Une fois tous les élèves arrivés, je prenais moi-même le temps de nommer mon émotion du jour et d’en expliquer la raison. Par la suite, l’élève responsable de la journée était invité à partager son émotion et à verbaliser pourquoi il se sentait ainsi. Cette pratique quotidienne favorisait l’expression orale et la normalisation des émotions vécues.

La troisième intervention ciblait plus précisément l’émotion de la colère, qui était souvent mal comprise par les élèves. J’ai donc lu l’album jeunesse En colère, suivi d’une discussion collective. Les élèves étaient invités à partager des situations dans lesquelles ils avaient ressenti de la colère et à réfléchir aux moyens qu’ils auraient pu utiliser pour se calmer. À l’aide du livre, nous avons identifié trois stratégies pour retrouver le calme. Par la suite, lorsque des situations de colère survenaient en classe, les élèves pouvaient choisir l’une des stratégies abordées pour s’autoréguler. Afin de rendre l’apprentissage plus ludique et mémorable, nous avons également réalisé La danse de la colère, une comptine accompagnée de mouvements, permettant aux élèves d’ancrer davantage le vocabulaire lié à cette émotion.

La quatrième intervention consistait à instaurer le jeu Le monstre des couleurs lors des périodes de jeux libres ou de jeux calmes. Les élèves pouvaient y jouer de façon autonome, ce qui leur permettait de continuer à nommer et reconnaître les émotions dans un contexte ludique. Ce jeu me permettait également d’observer le niveau de développement du langage émotionnel des élèves et de suivre leur progression.

Enfin, la dernière intervention a été la mise en place des toutous des émotions et de la tente des émotions. Une tente était aménagée dans la classe et contenait des images représentant les émotions ainsi que des toutous associés à celles-ci. Les élèves pouvaient s’y rendre de manière autonome lorsqu’ils en ressentaient le besoin. Un toutou représentant la sérénité était également utilisé : lorsqu’un élève vivait une émotion trop intense ou était surexcité, je lui proposais ce toutou afin de l’aider à retrouver le calme. Progressivement, les élèves ont commencé à utiliser ces outils de façon autonome, démontrant une meilleure compréhension et gestion de leurs émotions.

Résultats 

Au terme de la réalisation de mon PIC, je suis très fière des résultats obtenus. J’ai constaté que l’ensemble des interventions mises en place a eu un impact positif et significatif sur le développement du langage émotionnel de mes élèves. En effet, à la fin du projet, tous les élèves ont atteint la cote verte ou la cote bleue selon les cibles d’apprentissage établies. La cote bleue correspond à des élèves qui sont en mesure de reconnaître et de nommer adéquatement l’ensemble des émotions dans différents contextes, tandis que la cote verte indique que les élèves sont très souvent capables de nommer les émotions vécues selon diverses situations, malgré quelques erreurs occasionnelles. Ces résultats témoignent, selon moi, d’une réelle réussite et d’une progression marquée chez les élèves.

Au-delà de l’acquisition du vocabulaire émotionnel, j’ai également observé une amélioration notable dans la résolution des conflits. Les élèves ont commencé à verbaliser spontanément leurs émotions, à s’interroger mutuellement sur ce qu’ils ressentaient et à chercher ensemble des solutions pour régler leurs différends. Pour la première fois, plusieurs enfants ont été en mesure de résoudre leurs conflits de façon autonome, ce qui a grandement contribué à un climat de classe plus calme et harmonieux.

Documents
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Les émotions quotidiennes.jpg 240.04 Ko
Traces de la progression.JPG 1.56 Mo
Cohorte